L’Assemblée nationale a voté, en première lecture, 5 milliards d’euros d’impôts nouveaux à la charge des entreprises,
après 30 milliards en 2025. La fuite du potentiel productif est inévitable.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu et la ministre de l’Action et des Comptes publics Amélie de Montchalin à l’Assemblée nationale, à Paris, le 4 novembre 2025. © Alexis Jumeau/Abaca
La France s’enfonce dans une crise sans précédent depuis la IVe République cumulant instabilité gouvernementale, paralysie de l’État, chute de la démographie, mise à l’arrêt de l’économie, faillite des finances publiques et ensauvagement de la société.
Au cœur de son décrochage, on trouve un modèle économique qui a cessé de produire pour ne reposer que sur la consommation, financée par une fuite en avant de la dette publique qui atteint 3 416 milliards d’euros et est devenue insoutenable.
La priorité consiste à reprendre la maîtrise des finances publiques en réduisant les dépenses, qui dépassent 1 700 milliards d’euros, et à réorienter l’économie vers la production, le travail, l’investissement et l’innovation.
C’est le moment choisi par Emmanuel Macron et son gouvernement pour placer le budget 2026 sous le signe d’un cri de haine et d’une attaque en règle contre les entreprises françaises et le secteur privé, alors qu’il ne représente plus que 42,9 % du PIB.
Le matraquage fiscal s’est transformé en spoliation. L’Assemblée nationale a voté en première lecture 53 milliards d’euros d’impôts nouveaux à la charge des entreprises, après 30 milliards en 2025, soit près de 3 % du PIB en deux ans, c’est à dire l’équivalent du premier choc pétrolier.
La tentative du Sénat de revenir à la raison économique a été écartée par le gouvernement.
Bénéfices, dividendes, rachats d’actions, holdings professionnelles, patrimoine, successions sont mis en coupe réglée et taxés à des niveaux confiscatoires qui n’ont pas d’équivalent dans le monde. Il n’est pas jusqu’au chiffre d’affaires qui ne soit lourdement imposé pour les entreprises multinationales, le numérique ou les gestionnaires d’autoroutes et d’aéroports.
Un pays de non-droit pour les entreprises
La frénésie fiscale a pour pendant l’inflation illimitée des normes, qui a ruiné l’agriculture dont le solde commercial sera déficitaire en 2025, la construction, ramenée à sa production de 1952, ou l’automobile, qui stagne à son étiage du début des années 1960.
Dans le même temps, une discrimination systématique est instaurée pour le secteur privé dans l’éducation, la santé ou les Ehpad, soumis à des contraintes renforcées pour des prix inférieurs de 20 à 25 % à ceux du secteur public.
La France qui avait inventé à partir de la fin du XIXe siècle la participation des entreprises privées au service public planifie leur expulsion de ces secteurs en prohibant la rémunération du capital, quitte à ruiner la qualité des services, l’investissement et l’innovation dans ces activités essentielles pour les citoyens.
L’expropriation larvée des entreprises par l’État, qui contraint leur production tout en accaparant les revenus de leur activité, s’effectue désormais dans le complet mépris du droit, qu’il s’agisse de la Constitution, des règles européennes ou des conventions fiscales internationales.
La France est devenue un pays de non-droit pour les entreprises, où règne une imprévisibilité totale du cadre réglementaire et fiscal, ce qui interdit d’y réaliser tout investissement de long terme.
Il est par ailleurs stupéfiant que l’État ne cesse de donner des leçons de gestion aux entreprises, alors qu’il a perdu tout contrôle de ses finances et qu’il n’est plus capable d’assurer les services de base de la sécurité, de l’éducation, de la santé ou du logement tout en accaparant 57,1 % du PIB.
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(Chronique parue dans Le Point du 15 décembre 2025.)
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