Nouvelle preuve de la dérive maoïste de Xi Jinping, le limogeage du général Zhang Youxia ravive la menace d’une intervention militaire prochaine à Taïwan.
![[FILE] (L-R) He Weidong, Zhang Youxia, and Li Shangfu swear oaths as they are selected as China's Central Military Commission members during the National People's Congress at the Great Hall of the People in Beijing, China, on March 11, 2023. ( The Yomiuri Shimbun ) (Photo by Ichiro OHARA / The Yomiuri Shimbun via AFP)](https://www.lepoint.fr/resizer/v2/NGORTSF3BBOGNBYNV2MNH5GPOE.jpg?auth=45b57ae5d0575885e000822ba4820d42a3767ba5014f35a00c870f49309a05a9&width=765&height=575&smart=true)
Au centre, le général Zhang Youxia, à Pékin, le 11 mars 2023. Il vient d’être limogé par Xi Jinping. © ICHIRO OHARA/The Yomiuri Shimbun via AFP
L’effroi et la sidération provoqués par Donald Trump, qui, en un an, a transformé l’Amérique en démocratie illibérale, dynamité l’Occident et le lien transatlantique, détruit le soft power de l’Amérique, détournent l’attention de la Chine.
Et ce alors qu’elle est la grande gagnante de la dérive tyrannique des États-Unis et s’affirme comme leur égal. Le sommet Xi-Trump de Busan, en octobre, a ainsi acté sa victoire sans appel dans la guerre commerciale lancée par le président américain. Pour autant, Xi Jinping la place dans une situation schizophrène.
D’un côté, l’empire du Milieu est plus que jamais l’usine du monde, avec une croissance qui se maintient officiellement autour de 5 %, des exportations qui dégagent un excédent record de 1 080 milliards de dollars en 2025, une position dominante dans la transition écologique ou la pharmacie et une percée dans l’intelligence artificielle.
Il s’impose aussi comme un pôle de stabilité face aux errances et aux coups de force des États-Unis. La conversion de l’Amérique à l’hypernationalisme et au suprémacisme blanc, accompagnée de la démolition de l’ordre mondial et du multilatéralisme, rapproche de Pékin non seulement les géants du Sud mais les anciens alliés de Washington – du Canada à l’Australie en passant par l’Union européenne et le Royaume-Uni.
Pouvoir absolu
Mais, de l’autre, la démographie s’effondre avec une fécondité limitée à un enfant par femme.
L’économie reste enfermée dans la déflation en raison de l’accumulation de gigantesques surcapacités de production, de la dépression de la demande intérieure et de la crise immobilière.
La dette publique et privée approche 300 % du PIB.
Le chômage augmente fortement, particulièrement chez les jeunes. Surtout, le retour au maoïsme, qui se traduit par l’affirmation obsessionnelle du pouvoir absolu de Xi Jinping et du Parti communiste, jette une incertitude majeure tant sur l’évolution intérieure que sur la politique extérieure.
En témoignent les purges qui ont touché près d’un million de cadres du Parti ces dernières années, jalonnant la préparation du 21e congrès du Parti, qui doit offrir fin 2027 un quatrième mandat à Xi Jinping. Elles culminent avec l’annonce, le 24 janvier, de la destitution du général Zhang Youxia, 75 ans, qui, en tant que numéro deux de la commission militaire centrale, cumulait les fonctions de ministre de la Défense et de chef d’état-major des armées.
Son élimination frappe d’autant plus qu’il était un proche de Xi et son conseiller militaire le plus écouté, qu’il demeurait le seul dirigeant de l’Armée populaire de libération (APL) à disposer d’une expérience du combat, en 1979 et 1984 contre le Vietnam, qu’il était enfin un prince rouge dont le père avait été un compagnon et un ami de celui de Xi durant la guerre civile.
L’armée chinoise est aujourd’hui décapitée.
Seuls deux des sept membres de la commission militaire nommés en 2022 restent en poste : Xi Jinping et Zhang Shengmin, le commissaire politique qui est l’exécutant des purges.
Dans le même temps, deux ministres de la Défense et plus de 200 officiers généraux et supérieurs ont été arrêtés et emprisonnés. Et ce au nom de la lutte contre la corruption, qui demeure un mal endémique, touchant aussi bien les acquisitions de matériel que l’achat des postes et des promotions.
Mais la raison première réside dans la volonté de Xi d’exercer un contrôle total sur l’APL au nom du principe maoïste selon lequel « le Parti commande aux fusils », alors qu’elle disposait d’une relative autonomie depuis Deng Xiaoping.
[…]
(Chronique parue dans Le Point du 4 février 2026.)
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