La condamnation à 20 ans de prison de Jimmy Lai, fondateur du journal « Apple Daily » à Hongkong et fervent défenseur de la démocratie, vient rappeler aux pays occidentaux le vrai prix de la liberté.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Le 9 février, à l’issue d’une audience de dix minutes qui a clos deux ans de procès, Jimmy Lai a été condamné par un tribunal de Hongkong à 20 ans de prison ferme pour collusion avec l’étranger et publication séditieuse. Simultanément, huit autres accusés ont écopé de peines allant de 6 à 10 ans de prison, réduites en échange de leur témoignage à charge contre Jimmy Lai.
Compte tenu de son âge, 78 ans, de son emprisonnement depuis son arrestation, en avril 2020, dans la prison de haute sécurité de Stanley et de son état de santé très dégradé, la peine infligée à Jimmy Lai équivaut à une condamnation à mort.
Le seul crime qui justifie son exécution judiciaire est d’avoir consacré sa fortune à la création d’un quotidien, Apple Daily, deux ans avant la rétrocession de Hongkong à la Chine par le Royaume-Uni en 1997.
Puis d’avoir fait de son journal le quotidien de référence du territoire ainsi que le symbole de ses libertés. Enfin, de l’avoir mis au service des manifestants qui, en 2019, tentèrent de s’opposer à l’annexion de Hongkong par Pékin en violation des accords de restitution conclus avec le Royaume-Uni le 19 décembre 1984 qui garantissaient son autonomie jusqu’en 2047.
Jimmy Lai a accueilli le verdict avec le calme, la dignité et la fermeté dont il a fait preuve tout au long de l’instruction et des débats. Il n’a rien renié de ses convictions, réaffirmant devant ses juges que « la liberté d’expression, de religion, d’assemblée et la poursuite de la démocratie sont les valeurs fondamentales du peuple de Hongkong ». Il n’a pas eu un mot contre ses coaccusés qui ont obtenu un allégement de leurs peines en le dénonçant et en l’accablant.
« Un totalitarisme, un système »
La condamnation de Jimmy Lai enterre définitivement toute forme d’autonomie ou de marge de manœuvre de Hongkong vis-à-vis de Pékin, tout comme l’arrêt de la publication de l’Apple Daily, le 21 juin 2021, après l’arrestation de son fondateur, avait acté la fin de la liberté d’expression sur le territoire. Xi Jinping a substitué au principe « un pays, deux systèmes », fixé par Deng Xiao Ping, la maxime « un totalitarisme, un système ».
Ce système de terreur a conduit, après le tragique incendie du complexe de Tai Po, qui fit plus de 160 morts, à l’arrestation des citoyens qui exigeaient de connaître l’origine du sinistre.
Il s’incarne également dans les purges qui ont décapité l’armée de libération nationale et qui ont culminé avec l’élimination, le 24 janvier, du général Zhang Youxia, 75 ans, qui cumulaient les fonctions de ministre de la Défense et de chef d’état-major des armées, sous l’accusation de montrer une prudence excessive face à la volonté de Xi de pouvoir intervenir militairement à Taïwan dès 2027, date du 21e Congrès du Parti communiste qui doit lui offrir un quatrième mandat.
Jimmy Lai, à l’instar des rescapés des camps de l’Allemagne nazie ou de l’URSS stalinienne, éclaire la nature totalitaire de la Chine de Xi Jinping.
Ce dernier a rompu avec le modèle de Deng Xiao Ping en rétablissant un pouvoir à vie absolu, en réaffirmant le contrôle du Parti communiste sur l’économie et la société, en mettant en place un Big Brother numérique, en assumant une politique extérieure très agressive qui entend assurer à la Chine la domination de l’Asie-Pacifique, qui passe par l’annexion de Taïwan, ainsi que le leadership mondial à l’horizon 2049 en vertu du principe selon lequel « l’Orient se lève et l’Occident décline ».
Face à la dérive idéocratique d’un régime fondé sur le mensonge et la terreur, Jimmy Lai témoigne de la résistance de la population chinoise, tout particulièrement de la minorité catholique.
La révolte des Chinois face à la stratégie zéro Covid, qui a contraint Xi Jinping à un revirement complet, montre qu’il continue à exister des capacités de mobilisation et que le peuple peut parfois l’emporter sur le régime.
L’Europe doit en tirer toutes les leçons, en dialoguant avec Pékin tout en réduisant méthodiquement sa dépendance économique, en endiguant la poussée de la Chine dans le monde, en soutenant la partie minoritaire de la civilisation chinoise qui a acclimaté la liberté, notamment à Taïwan.
Force d’âme
La force d’âme de Jimmy Lai souligne également la corruption et la trahison des élites occidentales, donnant raison à Alexandre Soljenitsyne qui déclarait, en 1978 : « Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante. »
Force est de constater qu’aujourd’hui les grandes figures du combat pour la liberté se trouvent chez les résistants aux empires totalitaires, aux dictatures et aux théocraties du Sud, à l’image de Jimmy Lai en Chine, Alexeï Navalny en Russie, María Corina Machado au Venezuela ou Narges Mohammadi en Iran.
À l’inverse, la corruption des dirigeants et la trahison des élites se trouvent en Occident.
(…)
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(Chronique parue dans Le Figaro du 15 février 2026)
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