La renaissance de l’UE passe par le départ d’Ursula von der Leyen et par la nomination de Mario Draghi à la tête de la Commission
mais aussi du Conseil européen.
Qui mieux que l’homme qui a sauvé l’euro puis redressé l’Italie peut aujourd’hui faire renaître l’Europe face aux empires ?

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Le modèle qui a présidé à la reconstruction de l’Europe est caduc.
Il reposait sur la foi dans le droit et le commerce pour garantir la paix, sur la conviction que la taille du marché produisait de l’influence économique et du pouvoir géopolitique, sur le pari d’une souveraineté partagée dissociant le soft power confié à Bruxelles et le hard power laissé aux États.
Ces principes sont obsolètes dans un monde dominé par les hommes forts et les prédateurs.
Aussi le doute va-t-il croissant sur la pérennité et les grandes orientations de l’Union européenne, sur ses priorités budgétaires, sur son avenir démographique et économique, sur sa sécurité – avec pour tests la guerre d’Ukraine et le soutien financier et militaire à Kiev.
Mais dans le même temps, Donald Trump est en passe de réaliser ce que Vladimir Poutine, avec l’invasion de l’Ukraine, n’avait pas réussi à obtenir : le réveil des Européens, la fin du mirage de la sortie de l’histoire, le retour à la réalité, le dépassement de l’immobilisme.
Indifférente aux crises, aux chocs, aux transformations du monde, l’Union poursuivait les objectifs et appliquait la méthode définie dans les années 1950, faisant de l’élargissement son horizon ultime et sa réponse aux changements géopolitiques, contournant obstinément le politique par l’économique, accroissant méthodiquement le pouvoir de ses institutions au détriment des États en même temps que son tentaculaire édifice normatif.
Or ceci est en train de changer.
Pour la première fois depuis les années 1950, l’Union admet ses erreurs, revient sur ses politiques et sa législation, commence à réorienter son modèle vers la compétitivité, la souveraineté et la sécurité. Ainsi, le 14 septembre 2025, la Cour de justice de l’Union a qualifié le nucléaire d’énergie propre au sens de la taxonomie environnementale.
Le 13 novembre, le Parlement européen a drastiquement révisé et limité le champ des directives CSRD, portant sur l’information non financière, et CS3D, portant sur le devoir de vigilance. Dans la nuit du 3 au 4 décembre, a été autorisé l’usage par les agriculteurs des plantes issues de l’ingénierie biologique, qui modifie le génome sans introduire d’ADN étranger.
Le 16 décembre a été levée l’interdiction du moteur thermique à partir de 2035 au bénéfice des hybrides rechargeables, des prolongateurs d’autonomie et des biocarburants.
Simultanément, la réglementation numérique est assouplie pour reconnaître le principe de souveraineté, qui se décline en protection des infrastructures, en réduction des dépendances, en soutien des acteurs européens, notamment dans le domaine des clouds.
Le carcan normatif devrait être relâché pour les entreprises innovantes mais aussi les banques, étouffées par la bureaucratie de la BCE. Des droits de douane et des protections sont envisagés pour endiguer la déferlante des exportations chinoises, dopées par les subventions publiques et la sous-évaluation du yuan.
Dans le domaine de l’immigration, le conseil des ministres de la Justice et de l’Intérieur a opéré un tournant en instaurant une obligation de coopération pour le retour des déboutés du droit d’asile et en prévoyant l’ouverture de plateformes dans des États tiers.
Une réinterprétation de la convention européenne des droits de l’homme, dénaturée en machine à délégitimer l’État de droit et à alimenter le populisme, est également engagée.
Enfin, dans le domaine clé de la défense, face aux ambitions impériales et au recours débridé à la violence de la Russie, les Européens ont réussi à compenser le retrait des États-Unis pour assurer l’intégralité du soutien financier à l’Ukraine.
Ils se sont immiscés dans les discussions sur la paix monopolisées par les États-Unis et la Russie, qui conditionnent la sécurité du continent. Ils ont augmenté leur effort de défense de plus de 30 % depuis 2022. L’Allemagne en est le symbole, qui commandera 83 milliards d’équipements militaires en 2026.
Les Européens ne manquent pas d’atouts face aux empires autoritaires :
- des talents, des cerveaux et de l’épargne (35 500 milliards alors que les besoins de financement des États et des entreprises atteignent 25 000 milliards de dollars) ;
- des entreprises et des réseaux commerciaux mondiaux ; un grand marché de 450 millions de consommateurs gouverné par des institutions prévisibles,
- un État de droit fiable et une monnaie stable.
Par ailleurs,
- l’Europe du Nord affiche des performances remarquables, l’Europe du Sud, à l’exception de la France, se redresse ;
- l’Europe centrale et orientale poursuit son rattrapage tout en investissant massivement dans son réarmement,
- à l’image de la Pologne, qui lui consacre plus de 4 % de son PIB.
(…)
Lire la suite de l’éditorial sur lefigaro.fr
(Chronique parue dans Le Figaro du 21 décembre 2025)
![]()
