Cessons de condamner tout ce qui est ambitieux et pourrait nous sauver pour nous projeter enfin dans l’avenir.

L’Assemblée nationale a adopté le budget de la Sécurité sociale, le 9 décembre. © ISA HARSIN/SIPA
En 1850, Frédéric Bastiat publiait Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Pour lui, le mauvais économiste est celui qui s’en tient à ce qui est visible, donc au court terme, tandis que le bon considère ce qui se voit mais aussi ce qu’il faut prévoir, le présent et l’avenir.
Il prend pour parabole la vitre cassée. L’enfant terrible d’un artisan casse la vitrine de son père, l’obligeant à verser 6 francs à un vitrier pour changer sa devanture.
En apparence, l’accident contribue à l’activité. Dans la réalité, il prive l’artisan de fonds pour consommer et investir, sans créer de richesses supplémentaires.
La destruction appauvrit l’artisan comme la société.
À la veille de 2026, appliquons la méthode de Frédéric Bastiat à la situation de la France.
Ce qui se voit, ce sont :
- un président et un gouvernement prêts à tout pour durer quitte à sacrifier la croissance,
- l’emploi et l’investissement, un pays du G7 qui reste la septième économie du monde,
- un État s’endettant sans compter car se pensant « too big to fail »,
- une administration pénétrée de son omnisciente qui prétend diriger l’économie et la société, une nation persuadée d’être durablement en paix et de disposer de la meilleure armée d’Europe,
- une diplomatie revendiquant d’être une puissance d’équilibre à l’âge des empires où la force prime le droit.
Hiver démographique
Ce qui ne se voit pas, c’est l’hiver démographique.
- En 2024 n’ont été enregistrées que 663 000 naissances, soit 21,5 % de moins que 2010, pour 646 000 décès.
- En 2025, pour la première fois depuis 1945, notre pays comptera plus de décès que de naissances.
- L’augmentation de la population n’est plus assurée que par l’immigration, qui représente 10,6 % de la population et soulève des difficultés majeures d’intégration.
- La dénatalité mine la croissance, freine la productivité et voue le système de protection sociale à la banqueroute.
Ce qui ne se voit pas, c’est la chute de la production.
- Le modèle économique fondé sur la seule consommation financée par la dette publique implose.
- Les parts de marché de la France sont réduites à 2 % dans le monde et 12 % dans la zone euro.
- Notre pays ne produit plus que 36 % des biens industriels qu’il consomme.
- La balance commerciale est structurellement déficitaire de 3 % du PIB.
- Des filières entières sont en voie d’effondrement, voire d’extinction, à l’image de l’agriculture, de la construction, de la sidérurgie, de la chimie, des machines-outils, de l’automobile, du textile ou du meuble.
Ce qui ne se voit pas, c’est la paupérisation accélérée de la population et du territoire.
- La France a régressé pour la richesse par habitant au vingt-sixième rang dans le monde et au dixième dans l’Union.
- Le chômage touche 7,5 % des actifs et 18 % des salariés sont au smic.
- La pauvreté frappe 9,5 millions de Français et 650 000 personnes supplémentaires tombent dans la précarité chaque année.
- Et ce alors que l’État-providence mobilise 34 % du PIB.
Ce qui ne se voit pas, c’est la faillite de l’État.
- La dette publique atteint 4 316 milliards d’euros, soit 115,6 % du PIB.
- Elle est devenue insoutenable puisque les taux d’intérêt qui s’élèvent à 3,6 % dépassent largement la croissance nominale, limitée à 2,3 %, et que le service de la dette excédera 100 milliards d’euros dès 2028.
- La France emprunte plus cher que l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce.
- Cela n’empêche pas le projet de budget pour 2026 de multiplier les hausses d’impôts pour dépenser et s’endetter plus.
Ce qui ne se voit pas, c’est la violence qui gangrène la société.
- Trois homicides sont commis chaque jour.
- La France est devenue une plaque tournante du narcotrafic, qui réalise un chiffre d’affaires de 7 milliards d’euros, emploie 240 000 personnes, étend son emprise sur 173 villes.
- Notre pays est aussi une cible privilégiée du terrorisme islamiste, qui, depuis 2012, a perpétré 50 attaques, avec pour bilan 274 morts et près de 1 000 blessés.
- Aucune autre démocratie ne connaît une telle fréquence d’émeutes insurrectionnelles, des Gilets jaunes à la dévastation de la Nouvelle-Calédonie en passant par les manifestations contre la réforme des retraites, les troubles qui ont suivi la mort de Nahel ou les pillages qui ont accompagné la victoire du PSG en Champion’s League.
- Enfin, l’antisémitisme se déchaîne dans la plus parfaite impunité.
Ce qui ne se voit pas, c’est la corruption des institutions de la Ve République, qui cumule l’hyperconcentration du pouvoir et l’illibéralisme avec une instabilité gouvernementale supérieure à celle de la IVe République.
- Avec pour corollaire la paralysie d’un État qui monopolise 57 % du PIB tout en affichant son incapacité à assurer ses missions premières et les services de base à la population dans les domaines de la sécurité, de la justice, de l’éducation ou de la santé.
Ce qui ne se voit pas, c’est l’ampleur du déclassement militaire et diplomatique d’une nation qui n’inspire plus que le rire et le mépris.
- Le réarmement demeure purement virtuel en l’absence de financement et compte tenu de la fossilisation de la doctrine et du modèle d’armée issu de l’après-guerre froide.
- La diplomatie parle haut mais à vide, tant il est ridicule, à l’ère des prédateurs, de prétendre tenir le langage de la puissance sans disposer des moyens de la puissance.
[…]
(Chronique parue dans Le Point du 17 décembre 2025.)
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