Par-delà la nature dictatoriale et criminelle du régime vénézuélien, l’intervention des États-Unis acte leur rupture avec le droit international et valide les revendications de Moscou sur l’Ukraine et de Pékin sur Taïwan.
L’année 2026 inaugure une nouvelle ère dominée par les prédateurs.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Toutes les générations, sous le choc des événements, ont l’impression de vivre une période historique sans précédent.
Le plus souvent elles se trompent car la stabilité des structures du système géopolitique et économique prend le pas sur les changements ressentis. Parfois cependant, l’histoire bascule, comme ce fut le cas en 1914, en 1917, en 1945 ou en 1989. Il ne fait pas de doute que 2025 restera comme l’un de ces nœuds de l’histoire, marquant la fin du cycle de la mondialisation et l’émergence d’un nouvel âge des empires.
En 2026, nous entrons dans cette nouvelle ère, dominée par les prédateurs, où les rapports de puissance se substituent à l’ordre mondial et où la force prime le droit.
Dès lors s’imposent les trois questions qu’Emmanuel Kant, à la fin du XVIIIe siècle, confronté à la déstabilisation des monarchies d’Ancien Régime, mettait au cœur de sa Critique de la raison pure. Que puis-je connaître ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ?
Que puis-je connaître ? Les quatre ruptures fondamentales qui dessinent le nouveau monde du XXIe siècle.
- L’avènement d’un nouvel âge des empires tout d’abord, qui s’accompagne de l’effondrement de l’ordre mondial de 1945 au profit de la constitution de zones d’influence et d’un recul de la démocratie sans précédent depuis les années 1930. Le second mandat de Donald Trump a joué un rôle décisif en ralliant les États-Unis aux valeurs et aux objectifs des empires autoritaires. Avec pour dernier avatar les frappes sur le Venezuela et la capture du président Maduro, qui matérialisent la nouvelle stratégie de sécurité des États-Unis, affirmant, dans la ligne de la doctrine de Monroe, la mainmise politique, économique et militaire de Washington sur les Amériques.
Par-delà la nature dictatoriale et criminelle du régime chaviste, la rupture assumée des États-Unis avec le droit international et le respect de la souveraineté des nations valide les revendications de Moscou sur l’Ukraine et de Pékin sur Taïwan.
La Chine s’est immédiatement engouffrée dans la brèche ouverte par Donald Trump pour s’imposer comme l’égal des États-Unis, en sortant vainqueur de la guerre commerciale qui lui était imposée, en resserrant la pression sur Taïwan dans la perspective des élections présidentielles de 2028, en confortant son quasi-monopole dans la plupart des industries stratégiques. La Russie poursuit méthodiquement la reconstitution de l’empire soviétique au prix de son suicide démographique, économique ainsi que de sa vassalisation par la Chine.
L’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Indonésie, le Nigeria, l’Afrique du Sud, portées par leur volonté de revanche sur les anciennes puissances coloniales, assument leurs ambitions de puissance.
- La libération de la violence ensuite, marquée non seulement par le retour de la guerre mais par l’ensauvagement des sociétés et du monde, en rupture avec le long mouvement d’endiguement de la barbarie entrepris depuis la fin des guerres de Religion en Europe.
Le temps des empires s’accompagne logiquement de la multiplication des conflits armés qui n’ont jamais été aussi nombreux depuis 1945, favorisés par le ralliement des États-Unis au culte de la force. La violence ne se contente pas de monter en intensité mais change de nature. Elle n’est plus le monopole des États mais aussi le fait de milices, de groupes terroristes et d’organisations criminelles. - La fragmentation de l’espace économique mondial avec la généralisation du protectionnisme et la résurgence d’un capitalisme de prédation, émancipé de l’État de droit, en lien direct avec les autocrates. Les États-Unis en sont le laboratoire avec l’alliance de Donald Trump avec l’oligopole de la Big Tech.
(…)
Lire la suite de l’éditorial sur lefigaro.fr
(Chronique parue dans Le Figaro du 5 janvier 2026)
![]()
