Les motifs profonds de la frappe éclair contre Caracas demeurent confus.

Donald Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio s’expriment sur les actions militaires au Venezuela, en Floride, le 3 janvier. © JIM WATSON/AFP
Samedi 3 janvier, les États-Unis ont réalisé une démonstration de force militaire avec l’opération « Absolute Resolve » lancée contre le Venezuela chaviste.
Mobilisant plus de 150 aéronefs, elle a permis, sans aucune perte humaine et matérielle, de détruire les infrastructures militaires du pays et d’arrêter Nicolas Maduro ainsi que sa femme, Cilia Flores. Le président déchu et son épouse ont été conduits aux États-Unis pour être incarcérés et inculpés de narcoterrorisme devant un tribunal fédéral de Manhattan.
Dans le même temps, Donald Trump a affirmé lors d’une conférence de presse que les États-Unis « dirigeront le pays dans l’attente d’une transition sûre, appropriée et judicieuse » et que les compagnies américaines prendront le contrôle du secteur pétrolier pour le redévelopper.
Cette intervention marque l’aboutissement de la confrontation entre le Venezuela et les États-Unis depuis l’élection en 1998 de Hugo Chavez, qui nationalisa les installations pétrolières pour financer le « socialisme du XXIe siècle » et soutenir les régimes hostiles aux États-Unis, notamment Cuba.
Face à la dérive dictatoriale et criminelle du régime chaviste, qui s’est tourné vers le trafic de drogue pour suppléer la ruine du secteur pétrolier, face à son rapprochement avec la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, Washington a multiplié les sanctions, notamment en 2019 contre la compagnie nationale PDVSA, puis en 2024 après la réélection de Nicolas Maduro au prix d’une fraude généralisée.
Dictature liberticide, corrompue et mafieuse
La frappe éclair contre Caracas constitue surtout l’application directe de la nouvelle stratégie nationale de sécurité des États-Unis, organisée autour de la « doctrine Donroe », qui érige les Amériques en zone d’influence exclusive de Washington.
Elle avait été précédée à l’automne 2025 du déploiement de 14 000 hommes et d’une flotte de combat dans les Caraïbes pour réassurer la sécurité du Guyana et lutter contre le trafic de drogue puis d’un blocus pétrolier à compter du 16 décembre 2025.
L’intervention militaire des États-Unis peut se réclamer de motifs solides. Le Venezuela chaviste constitue en effet un cas d’école d’un pays immensément riche réduit à la misère et l’anomie, le chaos et la servitude par une dictature liberticide, corrompue et mafieuse.
Alors que le pays possède, avec plus de 300 milliards de barils, les premières réserves de pétrole devant l’Arabie saoudite mais aussi d’immenses gisements de gaz, d’or, de bauxite, de fer, de nickel et de métaux rares, son économie a été annihilée. Le PIB a diminué de 80 % en dix ans. L’inflation est sortie de tout contrôle (500 % en 2025), le bolivar a été dévalué de 99 % et le Venezuela a fait défaut sur sa dette, qui s’élève à 140 % du PIB.
La révolution bolivarienne a réduit à la grande pauvreté 90 % de la population, qui souffre de la famine et de pénuries chroniques d’eau, d’électricité, de médicaments.
La société a été ramenée à l’état de nature et des pans entiers du territoire sont livrés aux organisations criminelles liées à l’État, responsables de 7 000 homicides par an. La descente aux enfers du Venezuela a contraint à l’exil 8 de ses 28 millions d’habitants, déstabilisant les pays d’Amérique latine et contribuant à la révolte des Américains mais aussi des Argentins et des Chiliens contre l’immigration.
Bien qu’elle ait manifesté une parfaite maîtrise militaire, l’opération des États-Unis soulève de sérieux problèmes et laisse ouvertes nombre de questions décisives.
La fin justifie les moyens
Tout d’abord, l’effet géopolitique reste ambigu. Un signal très clair est adressé à Pékin et à Moscou sur la supériorité des forces américaines et sur la détermination de Washington à les bouter hors d’Amérique latine, où leur influence a beaucoup progressé. Le Venezuela chaviste avait ainsi conclu un partenariat stratégique avec la Russie et bénéficié du soutien financier de la Chine, devenue son premier créancier avec plus de 130 milliards de dollars de prêts.
Mais se trouvent aussi validés tant la logique du partage du monde entre empires, qui légitime les revendications de la Russie sur l’Ukraine et l’Europe orientale comme celles de la Chine sur Taïwan ou de la Turquie sur une partie du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, que le culte de la force, la négation du droit international, le déni de la souveraineté des nations et des droits de l’homme. La détestation des États-Unis et de l’Occident par les puissances du Sud n’en est que plus forte.
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(Chronique parue dans Le Point du 7 janvier 2026.)
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