L’OPA réalisée au sommet de Davos par Donald Trump, qui a réitéré sa volonté d’annexer le Groenland, montre que les États-Unis ont non seulement basculé dans la démocratie illibérale, mais aussi dans un régime de pouvoir personnel.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Donald Trump a réalisé une OPA sur le sommet de Davos, réitérant sa volonté d’annexer le Groenland, éreintant l’Europe, puis lançant son « Conseil de la paix » avec une vingtaine d’autocrates – dans l’attente d’être rejoints par Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko.
Le nouveau cénacle, centré autour de sa personne et soumis à sa seule autorité, financé par la vente du statut de membre permanent au prix de 1 milliard de dollars, entend se substituer à l’ONU pour « promouvoir la stabilité, rétablir une gouvernance fiable et légitime, et garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits ».
Sous les outrances, la confusion du propos – dont l’assimilation du Groenland avec l’Islande -, la falsification systématique des faits et des chiffres, sous le recul finalement opéré sur le Groenland, à travers un accord de transfert de souveraineté des bases américaines sur l’île qui acte le statu quo, sous la renonciation à la hausse des droits de douane, émergent des lignes aussi claires que sinistres pour la politique intérieure et extérieure des États-Unis.
La confirmation est apportée que les États-Unis ont basculé non seulement dans la démocratie illibérale mais dans un régime de pouvoir personnel où l’intérêt de la nation et la conduite de l’État se confondent avec la gestion de la fortune du président et de sa famille. Donald Trump a pour seuls principes son ego et l’argent, n’acceptant pour limite, comme il l’a confié au New York Times, que « sa propre moralité, son propre esprit ».
La corruption et le délit d’initié sont institutionnalisés au sommet de l’État. Les contre-pouvoirs sont suspendus, comme le montrent l’apathie du Congrès et la lâche soumission de la Cour suprême. L’État de droit est dissous, avec pour symbole la milice ICE, qui ne répond qu’au président et se trouve placée hors la loi, ou encore l’envoi de l’armée pour terroriser les villes démocrates. Les États-Unis vivent désormais dans le mensonge et la peur caractéristiques d’un régime autoritaire. La rupture est totale avec leur histoire, qui était indissociable de la liberté politique.
De nation indispensable, les États-Unis se transforment ainsi en empire banal, s’inscrivant à l’égal de la Chine, de la Russie ou de la Turquie dans une logique de zone d’influence exclusive, censée s’étendre pour Washington de la Terre de Feu au pôle Nord, en intégrant le Canada et le Groenland.
Le soft power est abandonné au profit du culte de la force armée, avec le projet de porter le budget militaire de 900 milliards (38 % des dépenses mondiales) à 1 500 milliards de dollars en 2027. L’exercice du hard power prend la forme d’interventions courtes et ciblées, comme en Iran et au Venezuela, déconnectées de toute stratégie de long terme, privilégiant les objectifs économiques et méprisant ouvertement la démocratie.
L’alignement sur les empires autoritaires se traduit par une coexistence bienveillante avec la Chine et la Russie, qui s’accompagne d’une extrême agressivité envers l’Europe visant à annihiler le modèle de la démocratie libérale et d’une intégration fondée sur l’État de droit.
Les États-Unis se sont transformés en un État voyou, qui terrorise ses citoyens, menace ses anciens alliés et fait fuir les investisseurs.
Loin des promesses d’un nouvel âge d’or, l’économie vacille avec :
- une croissance revenue de 2,8 à 2,5 % du PIB en dépit d’un déficit de 6,5 % du PIB,
- une inflation (3 %) et un chômage (4,6 %) en hausse ;
- les inégalités s’envolent, la flambée de la finance et de la technologie contrastant avec la déconfiture de l’industrie et de l’agriculture ;
- le dollar chute et les capitaux s’exilent tandis que l’or bat tous ses records.
Sur le plan international, les États-Unis divorcent avec leurs alliés européens et asiatiques, ruinant l’unité et l’influence de l’Occident. Avec quatre conséquences :
- l’affaiblissement durable de la puissance de l’Amérique, privée de ses relais ;
- le champ libre laissé à la Chine, qui s’est imposée comme son égale lors du sommet de Busan et bénéficie pleinement du ralliement du Sud global, voire du Canada qui a noué un partenariat stratégique avec Pékin pour contrebalancer les menaces de Washington ;
- l’accélération du déclin de la démocratie dans le monde ;
- la remontée en flèche des risques de guerre.
Pour l’Europe, le choix est donc entre la résistance ou une vassalisation qui ne sera pas heureuse mais douloureuse, voire tragique.
La passe d’armes de Davos autour du Groenland montre qu’il n’existe aucune fatalité.
Elle a provoqué un sursaut des Européens qui ont compris qu’ils avaient les moyens de résister, à l’image de la Chine avec le chantage réussi sur les terres rares et à l’opposé de la capitulation unilatérale d’Ursula von der Leyen sur un accord commercial léonin – fort heureusement suspendu par le Parlement européen.
(…)
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(Chronique parue dans Le Figaro du 26 janvier 2026)
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