Pour s’opposer à la prédation des empires autoritaires, les puissances moyennes ont tout intérêt à renforcer leurs alliances.

Le Premier ministre indien Narendra Modi et le président Emmanuel Macron à l’aéroport de Marseille le 12 février 2025, à l’occasion de l’inauguration du nouveau consulat indien à Marseille. © PHILIPPE MAGONI/SIPA
L’Inde accueille à New Delhi, les 19 et 20 février, le Sommet mondial de l’IA.
Emmanuel Macron y participera, rendant la pareille à Narendra Modi qui, l’an dernier, avait coprésidé celui de Paris. Le président français saisira l’occasion pour lancer l’Année de l’innovation franco-indienne et, très probablement, signer un contrat historique sur la vente de 114 Rafale à l’armée de l’air indienne pour environ 20 milliards de dollars, en plus des 62 appareils déjà commandés.
Ainsi se dessine un partenariat stratégique entre la France et l’Inde qui porte notamment sur la défense, l’énergie nucléaire civile et la sécurité économique.
Fort des liens anciens et solides tissés avec New Delhi, notre pays prend acte de la nouvelle dimension et du rôle stratégique de l’Inde. Il s’inscrit dans le droit fil de l’accord de libre-échange et du partenariat de défense et de sécurité conclus le 27 janvier entre l’Union européenne et l’Inde.
Guerre commerciale
Ce rapprochement a contraint Donald Trump à un nouveau revirement dans la conduite erratique de sa guerre commerciale.
Alors que l’Inde est un allié indispensable face à la Chine, il s’était aliéné Narendra Modi et l’avait jeté dans les bras de Xi Jinping en augmentant les droits de douane à 50 %, au risque de détruire des millions d’emplois, et en exigeant le versement de 100 000 dollars pour la délivrance des visas de travail H-1B dont 70 % des bénéficiaires sont indiens.
Face à la fermeté de New Delhi, il a créé la surprise en annonçant, le 2 février, la réduction de 50 à 18 % des droits sur les importations indiennes avec pour contreparties incertaines l’arrêt des achats de pétrole russe (2 millions de barils par jour) et l’acquisition de 500 milliards de dollars d’énergie, de technologies et de produits agricoles américains – alors que les exportations sont limitées à 42 milliards par an.
Ces accords consacrent le nouveau statut conquis par l’Inde, sous le leadership autoritaire de Narendra Modi.
Elle est devenue la première puissance démographique avec 1,46 milliard d’habitants, la quatrième économie mondiale devant le Japon en 2026 – sous réserve des incertitudes concernant l’évaluation de l’économie informelle, qui représente 45 % du PIB –, le troisième pays le plus compétitif pour l’IA après les États-Unis et la Chine avec la perspective d’un marché numérique de 1 000 milliards de dollars en 2030.
Elle dispose d’une macroéconomie solide, forte d’une croissance de 7 à 8 % par an, d’une inflation de 2 %, d’un déficit public contenu à 4,4 % du PIB, de réserves de change de 688 milliards de dollars.
Sa politique économique, résolument tournée vers le soutien aux entreprises et à l’innovation, s’appuie sur l’éducation (44 millions d’étudiants et formation de 1,5 million d’ingénieurs par an contre 37 000 en France), la maîtrise de l’anglais, le dynamisme des services numériques qui approchent 10 % du PIB et des technologies spatiales (cible de 100 milliards de dollars d’ici 2040), les transferts de la diaspora qui s’élèvent à plus de 125 milliards de dollars par an.
Une puissance incontournable
L’Inde s’affiche ainsi comme la dernière frontière de la croissance intensive avec l’Afrique depuis l’installation de la Chine dans la stagflation, mais aussi comme une puissance incontournable dans le nouvel âge des empires.
Comme l’Europe, elle se trouve écartelée entre les États-Unis, qui basculent dans l’illibéralisme et le protectionnisme, et la Chine, qui cumule emprise économique et technologique (plus de 100 milliards d’importations en provenance de Pékin), menace géopolitique directe et soutien du Pakistan.
La confrontation de haute intensité qui a opposé les deux pays entre le 7 et le 10 mai 2025 a en effet souligné tant les progrès réalisés par l’armée pakistanaise avec l’aide de la Chine que l’isolement diplomatique de New Delhi.
L’Europe et l’Inde ont un intérêt commun à desserrer l’étau des États-Unis et de la Chine ainsi qu’à nouer des partenariats.
L’Inde a besoin de l’Europe pour moderniser ses infrastructures, réduire sa dépendance à la Chine et à la Russie, accélérer son réarmement (matérialisé par la hausse de 74 à 85 milliards de dollars du budget de la défense qui s’accompagne de la réduction de 72 à 32 % de la part de la Russie dans les importations de matériel militaire depuis 2010), engager sa transition climatique, exporter ses talents pour réduire le chômage des diplômés, trouver des appuis solides pour briser son encerclement par des États hostiles.
[…]
(Chronique parue dans Le Point du 11 février 2026.)
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