Par un étonnant paradoxe, c’est ce pape américain qui a su le mieux exprimer les défis et les espoirs qui se présentent pour la France et l’Europe, lançant à leurs citoyens un vibrant appel en faveur de leur renaissance à partir de leur histoire et de leurs valeurs.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Le pari de Léon XIV de visiter la France pendant quatre jours était loin d’être gagné d’emblée. La longue histoire des relations entre notre pays et la papauté est en effet plus que mouvementée, allant de la soumission au souverain pontife et à sa protection militaire à son enlèvement et à son emprisonnement, du statut de fille aînée de l’Église à la tentative de la Révolution de construire la nation hors et contre la religion. Par ailleurs, le pape François a accumulé un lourd passif, lui qui a foulé par trois fois le sol national, à Strasbourg en 2014, à Marseille en 2023 puis en Corse en 2024, tout en prenant soin de préciser qu’il ne venait pas en France, pays qu’il confessa détester pour sa conception de la liberté, son passé de puissance coloniale et son intellectualisme.
Pourtant, l’audace de Léon XIV a payé. De même qu’il reste inclassable, dépassant les clivages entre libéraux et conservateurs pour incarner l’unité de l’Église déchirée par son prédécesseur, il a déjoué les pronostics pour faire de sa visite un moment de ferveur et de liesse. Le succès et l’impact de cette visite doivent tout à sa personnalité, à sa démarche et à la ligne qu’il a retenue pour ce voyage. Il ne possède pas le charisme de Jean-Paul II, l’athlète de Dieu qui défia et défit le soviétisme ; il ne dispose pas de la puissance intellectuelle de Benoît XVI, qui posa les termes de la réconciliation de la raison et de la foi au XXIe siècle ; il est très éloigné de la volonté de François de rompre avec l’histoire, les institutions et la tradition de l’Église pour la reconstruire à partir des pauvres, des périphéries et du Sud. L’approche de Léon XIV repose sur la simplicité, l’intériorité et la vérité. Sous la diversité des manifestations qui ont rythmé ces quatre jours en France pointent une méthode et un esprit inspirés de saint Augustin : être au plus près des hommes dans leur diversité et dans les dimensions concrètes de leur vie.
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Chronique parue dans Le Figaro du 4 octobre 2026
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