La République islamique présente nombre de points communs avec le Venezuela chaviste.
Dont le fait d’avoir ruiné un pays immensément riche.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Un vent de révolte déferle depuis le 28 décembre 2025 sur l’Iran des mollahs, touchant la quasi-totalité des 31 provinces, les villes comme les campagnes.
Déclenchées par la misère et par la hausse des prix, notamment de l’alimentation, elles ont dégénéré en affrontements armés et meurtriers entre les manifestants et les forces de sécurité et pris un tour politique, avec l’appel au départ du Guide, Ali Khamenei, à la chute de la République islamique et au retour des Palahvi.
Le régime des mollahs a réagi par la violence, non sans observer une certaine retenue en raison de la menace brandie par Donald Trump, le 4 janvier, d’intervenir militairement en cas d’atrocités. Avertissement d’un poids singulier au lendemain de l’opération « Absolute Resolve », qui a liquidé l’infrastructure militaire du Venezuela et conduit à l’arrestation de Nicolas Maduro puis son inculpation aux États-Unis pour narcoterrorisme.
L’insurrection des Iraniens trouve son origine dans la crise économique et dans la répression qui a suivi la débâcle militaire subie lors de « la guerre des douze jours » de juin 2025, face à Israël et aux États-Unis. L’économie est en voie d’effondrement sous l’effet de sa gestion désastreuse, de l’accaparement des ressources pétrolières par les Gardiens de la Révolution et des sanctions. L’inflation est au plus haut, atteignant 52 % sur un an et jusqu’à 200 % pour les produits de première nécessité.
Le rial est au plus bas, affichant un cours de 1,4 million pour un dollar contre 800.000 il y a un an et 300.000 il y a cinq ans. Des pénuries chroniques touchent l’eau, le gaz – comble de l’absurde ! -, l’électricité – en raison de la surconsommation des fermes à bitcoins clandestines destinées à contourner les sanctions – et les médicaments, tandis que Téhéran est ravagée par la pollution. La seule réponse des autorités réside pour l’heure dans la distribution de bons d’alimentation d’un montant dérisoire.
Dans le même temps, la légitimité et les moyens d’action du régime des mollahs ont été considérablement affaiblis. L’attaque « Rising Lion » lancée par Israël en juin a détruit le système de défense et les frappes américaines de l’opération « Midnight Hammer », à défaut d’annihiler le programme nucléaire, l’ont retardé d’un à deux ans.
Elles ont mis en évidence la profondeur de l’infiltration des services de sécurité de la République islamique par les services israéliens. L’empire chiite qui s’étendait du Liban à l’Afghanistan et « l’axe de la résistance à Israël » ont été largement démantelés en 2025, avec l’affaiblissement considérable du Hamas et du Hezbollah puis la chute de Bachar al-Assad en Syrie.
Un foyer de prolifération nucléaire, balistique et d’exportation de drones
La République islamique d’Iran présente ainsi nombre de points communs avec le Venezuela chaviste.
La théocratie des mollahs est haïe par la vaste majorité de la population, dont seule 32 % adhère au chiisme, population qui a été sacrifiée aux ambitions impériales et à la course à l’arme nucléaire, tout comme les Vénézuéliens ont été asservis et jetés dans la misère par les délires idéologiques de la révolution bolivarienne.
Le régime des mollahs est coupé d’un peuple cultivé et aspirant à la modernité, d’une classe moyenne urbanisée et éduquée, d’une population avide d’ouverture sur le monde à travers les réseaux sociaux.
Comme au Venezuela, le régime s’appuie sur les Gardiens de la Révolution, pendant des « collectivos », et l’armée n’est pas vouée à la défense de la nation contre les menaces extérieures mais à la répression intérieure, marquée par plus de 1.500 exécutions par an.
La révolution islamique, comme le chavisme, a ruiné un pays immensément riche.
Plus de 70 % des 88 millions d’Iraniens vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec un revenu inférieur à 4.000 dollars par an. Le chômage touche 30 % des actifs.
La corruption est endémique. Le secteur de l’énergie est obsolète, en raison de sa gestion calamiteuse et du sous-investissement, ce qui a conduit l’Iran à devenir une plaque tournante du trafic de drogue pour compenser la chute de ses recettes pétrolières. D’où l’exil massif des élites et de la classe moyenne, au rythme de 220.000 départs par an, qui a donné naissance à une diaspora de 4 millions d’Iraniens, quand 8 des 28 millions de Vénézuéliens ont été contraints à l’émigration.
Enfin la République islamique, à l’égal du Venezuela, s’est érigée en plateforme anti-occidentale, nouant des alliances stratégiques avec la Russie, la Chine et la Corée du Nord.
Elle est devenue un foyer de prolifération nucléaire, balistique et d’exportation de drones, approvisionnant la Russie mais aussi le Venezuela où a été implantée une usine de Shahed 6 d’une portée de 2.000 km permettant d’atteindre le territoire américain.
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(Chronique parue dans Le Figaro du 9 janvier 2026)
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