Par leur égotisme, les présidents américain et français sont les deux faces d’une même médaille.
Mais l’un dispose des moyens de sa folie tandis que l’autre n’a plus de poids.

Emmanuel Macron à la tribune du Forum économique mondial de Davos, le 20 janvier 2026. © Ludovic Marin/AFP
Emmanuel Macron s’est positionné à Davos en première ligne face à Donald Trump, dénonçant le basculement dans une ère dominée par les rapports de force et appelant à préférer « l’État de droit plutôt que la brutalité ».
Cette fermeté était indispensable vis-à-vis du président des États-Unis, qui exigeait de s’approprier le Groenland par tous les moyens, y compris la force armée – ce qui implique la désintégration de l’Otan – et menaçait d’augmenter de 200 % les droits de douane si la France n’adhérait pas à son Conseil de la paix – club d’autocrates prétendant se substituer à l’ONU.
L’apaisement, incarné par Ursula van der Leyen, n’est plus une option vis-à-vis d’une Amérique qui bascule dans la démocratie illibérale, se rallie à une forme de fascisme et s’aligne sur les empires autoritaires en revendiquant une zone d’influence exclusive allant de la Terre de Feu au pôle Nord – intégrant le Canada et le Groenland –, ce qui équivaut à un blanc-seing donné à la Russie pour s’emparer de l’Ukraine et à la Chine pour annexer Taïwan.
Cette résistance, partagée par la grande majorité des Européens, a payé. Comme toujours lorsqu’il se heurte à une riposte, comme l’avait montré la Chine en menaçant d’interrompre ses exportations de terres rares, Donald Trump a reculé sur tout, acceptant un accord flou avec l’Otan qui acte le statu quo sur le Groenland, et renonçant à relever les droits de douane.
C’est cependant moins la mobilisation des Européens que la violente réaction des marchés financiers, les ventes de titres de la dette américaine et les sondages montrant l’opposition de 80 % des Américains à une invasion du Groenland qui ont fait la décision.
Sous la volonté d’Emmanuel Macron d’incarner le rejet d’une Amérique autoritaire et impériale, pointe une posture égotique, mettant en scène, à la manière d’un Top Gun de série B, un héros se cachant derrière des lunettes réfléchissantes face à un shérif atteint de démence sénile. Comme toujours avec le président français, les mots juraient avec les choses et le discours était déconnecté de la réalité, même si la ligne est fondée.
Au-delà de la posture, le discours d’Emmanuel Macron ne débouche ni sur une stratégie ni sur un plan d’action pour contrer Donald Trump. Il en va tout autrement de Mark Carney, le Premier ministre canadien, qui a détaillé la façon dont « les puissances moyennes doivent s’unir pour être à la table des dirigeants du XXIe siècle, sauf à figurer à leur menu ».
Surtout, Emmanuel Macron est privé de toute légitimité et de toute crédibilité par la crise existentielle dans laquelle il a plongé la France, ce que Donald Trump n’a pas manqué de marteler.
Par sa faute, les institutions de la Ve République sont déstabilisées, le gouvernement est paralysé et l’état réduit à l’impuissance. Avec pour symbole le calamiteux projet de budget pour 2026 qui porte le coup de grâce à une économie et à des entreprises exsangues. Le pseudo compromis masque une capitulation inconditionnelle devant toutes les demandes les plus absurdes et irresponsables d’Olivier Faure.
Avec pour résultat une envolée des dépenses de 37 milliards d’euros, des impôts de 44 milliards – dont 12 milliards pour les entreprises, alors que les faillites explosent (70 000 en 2025) – et de la dette, qui va approcher 120 % du PIB.
Emmanuel Macron est non seulement illégitime mais irresponsable en prétendant tenir un discours de la puissance alors qu’il a méthodiquement détruit les moyens de puissance de notre pays, devenu l’homme malade du monde développé.
- La démographie est sinistrée, avec en 2025, pour la première fois depuis 1945, un excédent des décès (651 000) sur les naissances (645 000) et une fécondité effondrée à 1,53 enfant par femme.
- La croissance plafonne au-dessous de 1 % en dépit d’un déficit supérieur à 5 % du PIB et n’est tirée que par la consommation, tandis que la production et l’investissement s’effondrent.
- La paupérisation s’emballe avec une relégation au 26e rang pour la richesse par habitant – désormais inférieure à celle de l’Italie – et l’emballement de la pauvreté, qui touche près de 10 millions de personnes.
- La violence gangrène la société avec trois homicides par jour, la flambée du narcotrafic et le déchaînement régulier d’émeutes dévastatrices.
- Le réarmement reste dans les limbes, faute de modernisation d’une armée conventionnelle qui ne dispose ni des effectifs ni des équipements nécessaires à la guerre de haute intensité (acquisition de 3 000 drones en 2026 quand l’Ukraine en produira entre 7 et 8 millions).
- Et faute également de financements (la multiplication des annulations de commandes en France contraste avec l’engagement de 83 milliards de dépenses d’équipements en Allemagne).
[…]
(Chronique parue dans Le Point du 28 janvier 2026.)
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