La guerre d’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz ont détourné l’attention de l’Ukraine, reléguée au statut de conflit périphérique. C’est pourtant là-bas que se joue l’avenir de la liberté et de notre continent.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
La guerre d’Ukraine est entrée dans sa cinquième année. Elle a ramené, pour la première fois depuis 1945, la guerre de haute intensité en Europe avec un bilan effroyable : plus de 2 millions de morts et de blessés présentant des séquelles irréversibles, dont 1,25 million pour la Russie ; des destructions approchant 1.000 milliards de dollars. Elle est emblématique des conflits armés du XXIe siècle, jouant le même rôle de banc d’essai que la guerre d’Espagne pour la Seconde Guerre mondiale au XXe siècle.
Par sa nature existentielle et son enjeu tout d’abord. La Russie poursuit l’anéantissement du peuple ukrainien, la reconstitution de l’empire soviétique et la destruction de la démocratie en Europe qui constitue une menace pour son modèle despotique.
Par son internationalisation enfin. Face à ses difficultés de recrutement, à son impasse opérationnelle et à ses difficultés économiques, la Russie a fait appel au soutien de la Chine, de l’Iran qui lui a fourni des drones Shahed qu’elle a modernisés, de la Corée du Nord qui l’approvisionne en armes, en munitions et en soldats. L’Ukraine a bénéficié de l’aide militaire et financière des États-Unis et de l’Europe, mais qui a toujours été limitée, tardive et conditionnelle.
L’élection de Donald Trump a constitué une rupture majeure, entraînant l’alignement des États-Unis sur la Russie, la fin de leur aide financière et la réduction drastique de leur aide militaire à Kiev. Donald Trump est devenu le meilleur atout de Vladimir Poutine, relayant ses exigences les plus radicales et sa propagande, avec pour effet de rendre impossible la paix qu’il prétendait établir. L’échec programmé des négociations a ainsi accompagné la stabilisation du front, la Russie ne parvenant à conquérir que 1 % du territoire ukrainien en 2025 au prix de gigantesques pertes.
Simultanément, les massacres du 7 octobre 2023 et le conflit de Gaza, puis l’affrontement des Douze jours et la guerre d’Iran qui a débouché sur le blocage du détroit d’Ormuz, ont détourné l’attention de l’Ukraine, reléguée au statut de conflit périphérique. Le troisième choc pétrolier qui menace de chaos l’économie mondiale a éclipsé la tragique course de vitesse engagée entre la résistance de la société ukrainienne et l’effondrement de l’économie russe, désormais en récession avec une inflation qui dépasse 15 % et des taux d’intérêt culminant à 21 %.
Pour Moscou, la guerre d’Iran constitue une divine surprise. Elle offre à Vladimir Poutine un répit inespéré, alors que ses armées piétinent, voire reculent, et qu’elles ne parviennent plus à recruter pour combler leurs pertes. La Russie en profite pour intensifier ses bombardements sur les villes et la population ukrainiennes, tout en cherchant à ouvrir un nouveau front en Biélorussie. Dans le même temps, ses recettes pétrolières ont doublé de 135 à 270 millions de dollars par jour. Mieux encore, les tensions ne cessent de se renforcer entre les États-Unis et l’Europe, Donald Trump faisant de ses alliés et de l’OTAN les boucs émissaires de l’impasse dans laquelle son néant stratégique l’a enfermé en Iran.
[…]
Lire la suite de l’éditorial sur lefigaro.fr
Chronique parue dans Le Figaro du 27 avril 2026
![]()
