En Iran, les États-Unis ont certes fait la démonstration de leur supériorité militaire, mais le déchaînement de cette puissance, faute de stratégie, n’a pas produit d’effet utile. À l’inverse, la République islamique sort pour l’instant renforcée et plus dangereuse.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Après avoir menacé l’Iran d’anéantir sa civilisation, en n’excluant que le recours à l’arme nucléaire, Donald Trump a opéré une nouvelle volte-face. Le 7 avril, une heure avant l’expiration de son ultimatum, il a annoncé un cessez-le-feu pendant deux semaines en contrepartie de la réouverture du détroit d’Ormuz ainsi que l’ouverture de négociations avec le régime des mollahs sous l’égide du Pakistan.
Washington comme Téhéran n’ont pas manqué de revendiquer et de célébrer une victoire historique, alors même que la situation reste très tendue et confuse. En dépit du cessez-le-feu, Israël a abattu un déluge de feu sur Beyrouth ; des frappes se sont poursuivies sur les monarchies du Golfe ; enfin, l’Iran a maintenu le blocage du détroit d’Ormuz, n’autorisant le passage contre péage que de 6 navires contre 140 par jour et sans frais avant le conflit. Il n’en reste pas moins qu’à l’exception d’Israël, les belligérants partagent un même intérêt à suspendre les hostilités : les États-Unis en raison de leur impasse stratégique doublée de l’explosion des coûts économiques et politiques du conflit ; l’Iran pour rétablir un fonctionnement minimal de ses institutions et de ses infrastructures tout en se réarmant auprès de la Chine et de la Russie.
Des conséquences majeures et durables
Clausewitz dans De la guerre, souligne que « la victoire revient à celui qui tient le dernier quart d’heure ». Par ailleurs, dans un conflit asymétrique, le fort perd en ne gagnant pas tandis que le faible gagne en ne perdant pas. De fait, la stratégie des mollahs consistant à étendre le conflit à l’ensemble de la région, à plonger dans le chaos et la terreur les populations civiles, à paralyser l’économie mondiale en bloquant Ormuz s’est révélée gagnante, contraignant les États-Unis à un cessez-le-feu unilatéral. La République islamique a résisté à sa décapitation et à 13.000 frappes en 38 jours réalisées par les deux meilleures forces aériennes du monde. À l’inverse, la malédiction du Moyen-Orient a rattrapé Donald Trump comme ses prédécesseurs.
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Chronique parue dans Le Figaro du 13 avril mars 2025
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