La destruction de la stabilité, de la prospérité et de la sécurité de l’Europe par les États-Unis constitue un traumatisme inouï, mais aussi une chance historique de se réinventer. Si les nations européennes parviennent à sortir de la paralysie.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Mark Carney, premier ministre du Canada, a assisté au 8e sommet de la Communauté politique européenne qui se tenait le 4 mai à Erevan, en Arménie. Il y a lancé un vibrant appel à l’Europe pour soutenir l’Ukraine et s’assumer comme puissance : « L’ordre international sera reconstruit, et il sera reconstruit à partir de l’Europe. » Sous les guerres d’Ukraine et d’Iran pointe en effet le basculement de l’histoire du XXIe siècle dans un nouvel âge des empires. L’Europe se trouve dans une situation critique. Elle cumule en effet effondrement démographique, stagnation économique et vulnérabilité stratégique. Le choc pétrolier et le blocage du détroit d’Ormuz semblent lui porter le coup de grâce. Alors qu’elle se tient en retrait des opérations militaires, elle se trouve très exposée tant au renchérissement du prix des hydrocarbures et aux pénuries de matières stratégiques, qu’à la stagflation et à la fermeture des routes maritimes vitales pour son approvisionnement.
La destruction de la stabilité, de la prospérité et de la sécurité de l’Europe par les États-Unis qui étaient supposés les garantir constitue un traumatisme inouï mais aussi une chance historique. Les Européens se trouvent contraints de renoncer aux illusions de la sortie de l’histoire et d’affronter les réalités du XXIe siècle. Simultanément, les entrepreneurs, les investisseurs et les chercheurs redécouvrent l’Europe, quand l’Amérique voit sa population diminuer, les capitaux se détourner et la dédollarisation s’amplifier.
Tous réévaluent ses atouts : des talents et des cerveaux ; des universités d’excellence ; une épargne abondante de 35.000 milliards d’euros ; un grand marché gouverné par un État de droit ; une monnaie commune placée sous la responsabilité d’une banque centrale indépendante ; des institutions fiables et prévisibles. L’Europe peut ainsi devenir dans un XXIe siècle volatil et violent le refuge des principes de 1945 qui firent le succès des États-Unis et de l’Occident : le libéralisme ; le respect de la souveraineté des nations ; le multilatéralisme.
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Chronique parue dans Le Figaro du 11 mai 2026
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