La situation de la justice est le bulletin de santé d’une démocratie. Son krach, mis en lumière par l’affaire Lyhanna, illustre ainsi la crise existentielle que traverse la France.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Le meurtre de Lyhanna crée une onde de choc sans précédent chez les Français, révoltés par les défaillances de la justice qui a assuré l’immunité de son assassin présumé, Jérôme Barella, en dépit des multiples plaintes et signalements dont il faisait l’objet. Venant après bien d’autres, cet infanticide constitue la faute de trop d’une institution dont la faillite contraste tant avec son caractère stratégique pour garantir la cohésion sociale et la stabilité de la démocratie qu’avec la prétention des magistrats à moraliser la vie de la nation.
Aristote, déjà, soulignait que « la justice est la base de la société ». La justice n’est pas seulement une pièce centrale pour l’équilibre et la séparation des pouvoirs. Elle pèse sur la compétitivité des nations et des entreprises en garantissant la sécurité des transactions, de la concurrence et des investissements. Elle détermine la capacité de l’État à assurer l’ordre public en contrôlant la violence, donc la confiance des citoyens dans les institutions représentatives. Il n’est pas d’économie de marché, de société civile et de liberté politique sans une justice indépendante, efficace et équitable. A contrario, l’effondrement de la justice marque la disparition de l’État de droit qui opère le basculement vers le totalitarisme ou l’autoritarisme, en Italie et en Allemagne durant l’entre-deux-guerres, aujourd’hui dans la Hongrie d’Orban, la Pologne de Kaczynski, la Turquie d’Erdogan ou l’Amérique de Trump.
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Chronique parue dans Le Figaro du 15 juin 2026
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