Dans un texte fleuve, précis et argumenté, l’auteur de La France qui tombe livre son diagnostic et les pistes d’un redressement radical : désendetter le pays, réformer l’État, réhabiliter le travail et l’école, soutenir les familles, restaurer l’ordre public et réarmer la nation. Il n’y a pas de fatalité au déclin français.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Jamais depuis les années 1930 la France n’a abordé un scrutin majeur en étant aussi affaiblie et vulnérable, dans un monde aussi instable et dangereux. Jamais depuis le régime de Vichy la probabilité d’une arrivée au pouvoir de l’extrême droite n’a été aussi élevée, pour la première fois à la suite d’élections régulières et non d’une défaite militaire ou d’un coup d’État. Jamais depuis la fin de la IVe République notre pays n’a été touché par une crise financière aussi aiguë qui menace son indépendance et sa souveraineté. Jamais depuis l’engagement de la construction européenne dans les années 1950, un scrutin français n’a pesé d’un tel poids dans le destin de l’Union, qui pourrait éclater à la suite d’un Frexit de fait sinon de droit ou bien voir son projet radicalement réorienté par la prise de pouvoir de l’extrême droite en France en 2027, après l’Italie en 2022 et peut-être avant l’Allemagne en 2029.
Pourtant, le grand débat qui devrait s’engager sur le redressement de la France est étouffé par une drôle de campagne, coupée des réalités de l’économie, de la société, des marchés et de la montée des tensions internationales. La machine à multiplier à l’infini les candidatures va de pair avec l’absence de vision et de programme. Et ce tout particulièrement au sein du pseudo-bloc central qui n’est pas plus un bloc qu’il n’est central. Ses dirigeants, de plus en plus éclatés, incohérents et désunis, ne se préoccupent ni de projet, ni de redressement, ni de mobilisation des citoyens ; ils ne s’adressent qu’à eux-mêmes en s’écharpant sur les sondages et les primaires, les ralliements et les investitures, sans jamais traiter des problèmes de la France et des Français. Tous se rallient à une course de lenteur tactique qui fait l’impasse sur le fond et sur les citoyens, faisant le jeu des extrémistes. À l’extrême droite, Marine Le Pen gère sa rente de favorite en cherchant à limiter les risques et les erreurs. À l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon s’engouffre dans le vide politique béant, seul à faire véritablement campagne en quadrillant les Français issus de l’immigration, les jeunes déclassés et les banlieues, les réseaux sociaux et les médias.
Toutes les conditions sont ainsi remplies pour un nouveau débat occulté et une élection tronquée, dans la lignée de 2017, quand Emmanuel Macron fut désigné par les juges autant qu’élu par les Français, et de 2022, quand il fut reconduit en se masquant derrière la guerre d’Ukraine. Mais la situation de 2027 est tout autre. Si les Français ne se saisissent pas de l’élection présidentielle pour choisir une stratégie de redressement, les marchés, nos partenaires européens et nos ennemis décideront pour eux.
La crise financière n’est plus une menace ; elle a déjà débuté. Non par un défaut à la suite d’une rupture de solvabilité mais par un étranglement implacable qui accélère brutalement. La dette est devenue incontrôlable avec des taux d’intérêt de 4,3 % pour une croissance nominale inférieure à 3 % (croissance de 0,4 % augmentée d’une inflation de 2,4 %) et avec un service qui dépassera 100 milliards d’euros avant la fin de la décennie, évinçant le financement des services publics et interdisant tout investissement. Après les États-Unis et le Royaume-Uni, la France est le pays dont la dette souveraine est la plus surveillée par les marchés, alors que les investisseurs étrangers en détiennent près de 60 %. La longue indulgence dont a bénéficié notre pays de la part des agences de notations, des marchés et de nos partenaires européens est terminée. Et il est fort possible qu’un choc intervienne avant même l’élection du printemps 2027 si la percée des candidats populistes se confirme.
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Chronique parue dans Le Figaro du 14 septembre 2026
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