
CLAUDIUS THIRIET/BIOSPHOTO VIA AFP/CLAUDIUS THIRIET
Sous le choc pétrolier et la stagflation déclenchés par la guerre d’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz chemine la crise alimentaire. Après la violente convulsion provoquée en 2022 par l’invasion de l’Ukraine et l’interruption du trafic maritime en mer Noire, l’agriculture mondiale a connu une période d’abondance avec deux campagnes exceptionnelles, favorisées par une relative accalmie des dérèglements climatiques. Elles ont permis de constituer d’importants stocks de céréales, de riz et d’oléoprotéagineux : ainsi, en 2025-2026 ont été produites 2461 tonnes de céréales, portant les stocks mondiaux à 634 millions de tonnes, dont 283 millions pour le blé.
L’attaque de l’Iran par les États-Unis et Israël a cependant radicalement changé la donne alimentaire mondiale. En effet, les pays du Golfe assurent la production de 30 à 35 % des engrais azotés et phosphatés, qui sont ensuite exportés et acheminés par voie maritime via le détroit d’Ormuz. À la diminution brutale de l’offre d’engrais s’ajoute l’alerte climatique liée au risque d’un « super El Niño », réchauffement du Pacifique qui provoque tant des sécheresses, notamment en Asie du Sud-Est, en Inde, et en Afrique australe, que des inondations, particulièrement sur la côte ouest de l’Amérique du Sud. Or, les modèles météorologiques évaluent à 82 % la probabilité d’un super El Niño en 2026, issu d’une hausse inédite de 2,5 °C de la température dans le nord de l’océan Pacifique. Les perturbations seraient majeures non seulement pour la production de riz, de canne à sucre, d’huile de palme ou de coton, mais aussi pour le transport maritime, en raison notamment de la limitation du transit par le canal de Panama, comme en 2023 et en 2024.
