Le XXIe siècle est marqué par un nouvel âge des empires où la force prime sur le droit, où la violence s’émancipe de tous les cadres, où la guerre est omniprésente. Dans ce contexte, il n’existe aucune fatalité à ce que l’Europe soit incapable d’assurer sa sécurité.

Nicolas Baverez. Francois Bouchon
Le XXIe siècle est placé sous le signe de l’histoire universelle, mais celle-ci est tout sauf stable et pacifique. Au lendemain de la guerre froide, les démocraties ont cédé à l’illusion que s’ouvrait une nouvelle ère régie par la société civile de Locke, la paix perpétuelle de Kant, le libre-échange de Ricardo, l’avènement de la société démocratique annoncé par Tocqueville. Faute pour l’Occident d’avoir fait l’effort de construire un nouvel ordre mondial, les chocs se sont multipliés – du krach de 2008 aux guerres en chaîne d’Ukraine, de Gaza et d’Iran en passant par la pandémie de Covid -, emportant la mondialisation et ramenant les hommes de notre temps dans l’univers du Léviathan de Hobbes, du protectionnisme de List, de la volonté de puissance de Nietzsche, de la guerre inexpiable entre les dieux de Max Weber.
Le système géopolitique du XXIe siècle se révèle multipolaire, hétérogène, volatile et belligène. Il est marqué par un nouvel âge des empires où la force prime sur le droit, où la violence s’émancipe de tous les cadres et de toutes les limites, où la guerre effectue un retour en force. Jamais les conflits armés n’ont été aussi nombreux depuis 1945, sur fond d’une course aux armements qui mobilise plus de 2 % du PIB de la planète contre 1,5 % en 2022. Ils ne sont plus régulés ni par une superpuissance, comme le furent le Royaume-Uni au XIXe siècle ou les États-Unis dans la seconde moitié du XXe siècle, ni par des institutions ou des règles – l’Amérique de Donald Trump ayant détruit l’ordre de 1945 et les alliances stratégiques qui constituaient l’un des piliers essentiels de sa puissance.
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Chronique parue dans Le Figaro du 13 juillet 2026
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